Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 12:00

N’écoutant que son plaisir, le hippie québécois Raôul Duguay est, me semble t’il, le poète mystico-vocal le plus farfelu et sympathique jamais égalé.
Plus qu’un simple amusement, son approche théâtrale de la poésie et des jeux vocaux stimule une sorte « d’émotion collective » et le place , d'après moi, en pionnier des expérimentateurs de la poésie sonore.

La pauvreté littéraire de ses textes me paraît incontestable (peut-être est-elle voulue ?). En revanche, ses recherches d’émotions sonores, de spontanéité du langage et de lyrisme vocal sont surprenants et - passé la surprise - entrainants.

Consommateur de LSD dans les années 1970-80, il exprime ses hallucinations et laisse libre cours à ses envies, comme à ses avis. Il fait vivre mots et sons avec ferveur. Et il s’autorise de véritables délires poétiques dans le cadre de L’infonie, créée en 1967 avec son acolyte Walter Boudreau.

Souvent pris pour un fou, il s’avère que Duguay plaît au public, fait passer ses messages engagés et peut s’enorgueillir de son statut de poète populaire. Le crieur d’envol semble porter aux nues son peuple et son pays.
Il replace l’humain parmi les éléments naturels qui composent l’univers (de l’atome le plus petit jusqu’aux constellations les plus vastes) et rend régulièrement hommage à la Terre nourricière.
Plus concrètement, il milite aussi pour un avenir meilleur et une défense de la culture québécoise.
 
Sa simplicité et son énergie font de cet homme à part, touche-à-tout survolté, un poète très original. Méconnu en France, on devrait s'intéresser à sa part de merveilleux.

Je préfère, personnellement, ses shows poétiques de la période de contre-culture Infonie aux textes et chansons qu’il a écrit ultérieurement.
Voici le poème lu en ouverture de la Nuit de la Poésie de 1980 à Montréal, avec les « ô » chers à Duguay :

Ô vie, sôuffle, sôuffle tôn sôuffle dans le sôuffle de nôs sôuffles.
Sôuffle le ôui* immôrtel à tôn peuple
Libère le sôuffle de ce pays.
Sôuffle la spirale de tes nébuleuses dans la nef de nôs ôreilles.
Et dans nôs vôix, sôuffle le verbe de la vôie lactée.

Sôuffle, sôuffle le sôn du ciel, le chant du sôleil
Dans chaque neurône de nôs cerveaux
Dans chaque vibratiôn de nôs pensées,
Sôuffle, sôuffle le vertige de tes cônstellatiôns
Dans les vertèbres de nôs maux
Et jusqu’au nôyau de chaque môlécule de nôs côrps

Sôuffle, sôuffle, sôuffle, sôuffle ton sôuffle ô vie
Dans le silence de nôs yeux

Sôuffle la lumière des étôiles et celle des neiges éternelles
Sôuffle l’ôr et l’arc-en-ciel dans nôs regards des cieux

Ô vie, sôuffle dans nôs sangs le feu qui fait girer les astres
Et dans nôs muscles sôuffle l’énergie d’ôù émergent les môndes
Sôuffle dans nôs chairs tôn espace pur en dérive
Et autôur de nôs âmes, sôuffle, sôuffle le temps immémôrial,
Sôuffle la transparence de ta fôrce dans les saisôns de nôs esprits
Et jusque dans chaque atôme de nôs êtres

Sôuffle, sôuffle l’irradiante jôie d’être en tôi ô vie
Ô matrice de l’infime et mère de l’infini
Ô musique de la sôurce et semence des sôleils
Ô vie, sôuffle, sôuffle tôn sôuffle dans le sôuffle de nôs sôuffles
Sôuffle tôn sôuffle dans le sôuffle de nôs sôuffles…

Raôul Duguay, in La nuit de la poésie du 28 mars 1980, Montréal.

* ce « Oui » fait vraissemblablement référence au premier référendum ouvrant la possibilité à l'État québécois de devenir souverain. Il aura lieu 1 mois après cette nuit de la poésie.

 

 

Extrait du film documentaire "La nuit de la poésie - 28 mars 1980" / Office National du Film du Canada.

 

Pour en découvrir plus sur Raoul Duguay, voyez :
-    son site
-    ses participations burlesques à la première nuit de la poésie (1970)

-    la vidéo de son passage dans l’émission québécoise Tout le monde en parle

Par Guillaume Riou - Publié dans : Poésie
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Jeudi 19 janvier 2012 4 19 /01 /Jan /2012 11:04

Les hiboux

Sous les ifs noirs qui les abritent,
Les hiboux se tiennent rangés,
Ainsi que des dieux étrangers,
Dardant leur oeil rouge. Ils méditent.

Sans remuer ils se tiendront
Jusqu'à l'heure mélancolique
Où, poussant le soleil oblique,
Les ténèbres s'établiront.

Leur attitude au sage enseigne
Qu'il faut en ce monde qu'il craigne
Le tumulte et le mouvement ;

L'homme ivre d'une ombre qui passe
Porte toujours le châtiment
D'avoir voulu changer de place.

 

Charles Baudelaire, in Les fleurs du mal, Ed. Poulet-Malassis, 1857.

 

Les hiboux de Baudelaire - Henry ChaprontLes hiboux - Eau-forte en couleur de Henry Chapront tirée des Fleurs du Mal, 1911,
Coll. Librairie des Argonautes, Paris.

Par Guillaume Riou - Publié dans : Poésie
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Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 09:06

 

Où mène ton voyage, enfant,

lorsque, le front sur la vitre,

ton regard se perd

au défilé des vignes ?

 

Guillaume Riou


 

Vignes-en-pente.jpg

Par Guillaume Riou - Publié dans : Quelques-uns de mes écrits...
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Lundi 9 janvier 2012 1 09 /01 /Jan /2012 19:38

J'ai découvert récemment le poète américain d'origine britannique Wystan Hugh Auden (1907-1973), par la lecture de Blues donnée par Daniel Lévy au château de l'Echelle à La Roche sur Foron en décembre dernier.

Ces vers grinçants abordent l'oppressante question de notre immuable destin : la Mort. Je le trouve plus original et moderne que son poème Funeral blues rendu célèbre par le film 4 mariages et 1 enterrement.

Le voici, suivi de sa traduction en français :


BLUES
(for Hedli Anderson)



Ladies and gentlemen, sitting here,
Eating and drinking and warming a chair.
Feeling and thinking and drawing your breath,
Who's sitting next to you ? It may be Death.

As a high-stepping blondie with eyes of blue
In the subway, on beaches, Death looks at you ;
And married or single or young or old,
You'll become a sugar daddy and do as you're told.

Death is a G-man. You may think yourself smart,
But he’ll send you to the hot-sea or plug you through the heart ;
He may be a slow worker, but in the end
He'll get you for the crime of being born, my friend.

Death as a doctor has first-class degrees,
The world is on his panel ; he charges no fees ;
He listens to your chest, says – “You’re breathing. That's bad.
But don't worry ; we'll soon see to that, my lad.”

Death knocks at your door selling real estate,
The value of which will not depreciate ;
It’s easy, it's convenient, it's old world. You'll sign,
Whatever your income, on the dotted line.

Death as a teacher is simply grand ;
The dumbest pupil can understand.
He has only one subject and that is the Tomb ;
But no one ever yawns or asks to leave the room.

So whether you're standing broke in the rain,
Or playing poker or drinking champagne,
Death's looking for you, he's already on the way,
So look out for him tomorrow or perhaps today.


Wystan Hugh Auden

  Death-blues.jpg

Image provenant du Popcorn Magazine n°1

 

BLUES
(pour Hedli Anderson)



Mesdames et messieurs, assemblés en ce lieu,
Mangeant, buvant et chauffant une chaise,
Palpitant, pensant et retenant votre souffle,
Qui est assis à côté de vous ? La Mort peut-être.

Comme une blonde en quête de plaisir aux yeux cafardeux
Dans le métro, sur les plages, la Mort te regarde ;
Et marié ou célibataire, jeune ou vieux,
Tu vas fondre comme un loukoum et tu feras ce qu'elle te dit de faire.

La Mort est un fonctionnaire. Tu peux te croire malin,
Mais elle va t'attirer la poisse ou te transpercer le cœur ;
Elle peut être une ouvrière lente, mais à la fin,
Mon ami, elle t'arrêtera pour le crime d'être né.

La Mort est un médecin qui a d'excellents diplômes,
Le monde est sur son plateau; elle n'exige pas d'honoraires ;
Elle ausculte ta poitrine, elle dit : « Tu respires. C'est mal.
Mais ne t'inquiète pas ; on va bientôt y remédier, mon garçon. »

La Mort frappe à ta porte pour vendre une propriété
Dont la valeur ne va pas se déprécier ;
C'est facile, c'est avantageux, c'est le vieux monde. Tu signeras,
Quel que soit ton revenu, sur la ligne pointillée.

La Mort, comme professeur, est vraiment excellente ;
L'élève le plus obtus la comprend.
Elle n'a qu'un seul sujet et c'est le Tombeau ;
Mais personne ne bâille ni ne demande à quitter la pièce.

Tu peux te retrouver fauché sous la pluie,
Ou en train de jouer au poker ou de boire du champagne,
La Mort te cherche, elle est déjà en route,
Attends-toi à la rencontrer demain ou peut-être aujourd'hui.

Wystan Hugh Auden, in No promises : poèmes américains, anglais, irlandais / choisis par Carla Bruni ; traduits de l'anglais par Fouad El-Etr, Marianne Tomi, Gérard-Georges Lemaire, Patrick Reumaux et Bernard Cohen.

Par Guillaume Riou - Publié dans : Poésie
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Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 15:21

L'Avre

 

L'air est en friche à l'entrée du bourg

Il fait beau sur les limites du monde

 

Mon enfance est un village normand

que découpent les ciseaux de la rivière

qui se vide de ses douleurs en vomissant la mer

 

La vallée l'épouse dans le dé du sommeil

 

Une hirondelle taille les veines du paysage

et les voyelles de la pluie

 

Entre Nonancourt et La Madeleine

l'Avre tient mon enfance en équilibre

et marche en moi comme un arbre

dans le sommeil des pierres

 

Cri qui me rend vivant.

 

 

Christophe Dauphin, in la revue Coup de soleil n°83 d'octobre 2011

 

Avre_Nonancourt.JPG

La rivière l'Avre, près de Nonancourt

Par Guillaume Riou - Publié dans : Poésie
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Lundi 2 janvier 2012 1 02 /01 /Jan /2012 14:09

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Lundi 26 décembre 2011 1 26 /12 /Déc /2011 18:46

 

 

Now and then I think of when we were together
Like when you said you felt so happy you could die
I told myself that you were right for me
But felt so lonely in your company
But that was love and it's an ache I still remember

You can get addicted to a certain kind of sadness
Like resignation to the end
Always the end
So when we found that we could not make sense
Well you said that we would still be friends
But I'll admit that I was glad that it was over

But you didn't have to cut me off
Make out like it never happened
And that we were nothing
And I don't even need your love
But you treat me like a stranger
And that feels so rough
No you didn't have to stoop so low
Have your friends collect your records
And then change your number
I guess that I don't need that though
Now you're just somebody that I used to know

Now and then I think of all the times you screwed me over
But had me believing it was always something that I'd done
But I don't wanna live that way
Reading into every word you say
You said that you could let it go
And I wouldn't catch you hung up on somebody that you used to know

But you didn't have to cut me off
Make out like it never happened
And that we were nothing
And I don't even need your love
But you treat me like a stranger
And that feels so rough
No you didn't have to stoop so low
Have your friends collect your records
And then change your number
I guess that I don't need that though
Now you're just somebody that I used to know

I used to know
That I used to know

Somebody...

 
Gotye - Somebody That I Used To Know (feat. Kimbra)

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Mercredi 21 décembre 2011 3 21 /12 /Déc /2011 19:14

 


Mercredi 21 décembre

 

  Un soleil froid

  blanchit

  le linceul de brume

  qui enveloppe la Tournette enneigée.

 

  Annecy, ce matin,

  hâve et silencieuse,

  accompagne l'agonie

  de l'année 2011.

 


  Guillaume Riou

 

   


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Samedi 17 décembre 2011 6 17 /12 /Déc /2011 11:47

  LA FOLLE DU MARCHÉ D’ANNECY


       « Elle vous jurera que nous la harcelions…
       tics et grimaces lui ruinant le visage,
       vous découvrirez vite qu’elle est rongée
       par le courroux de la folie. »

William Peter Blatty

 

Les murs sardes ocre et vert-de-gris
ondulent paisiblement au miroir du Thiou.
Des arcades de la vieille ville
monte la criée des commerçants.

 

La chevelure brouillée et l’œil sombre,
elle apparaît sur le pont de la République
comme chaque vendredi de sa vie monotone.

 

Harpie rouge cinabre,
aigrie et envieuse du bonheur des autres,
elle entache de son ombre vacillante
les étals chamarrés du marché.

 

Tel un insecte scatophage
perturbant l’ambiance affable et décontractée,
elle cherche les histoires nauséeuses
et bourdonne des insultes
aux visages qu’elle croise.


Bien connue des annéciens,
cette mégère avinée

balaye le pavé humide
de la traîne sale de son passé.

 

Elle avait toutes les qualités
pour camper le costume de pervenche
ou manier des lames d'équarrisseur,
mais il n’en fut rien…


Parvenue, à coups de langue,
directrice d'un établissement culturel,
l’ampoulée ne brillait guère
que par les frasques de sa bêtise.

Animée d'une perversité narcissique,
elle exultait à manipuler,
semer des tensions
et diviser ses équipes.

Imaginez-là, furie autoritaire,
humilier les larbins
qui soutenaient à bout de bras
la pyramide fissurée de son empire.

La pernicieuse mygale,
présente dans les congrès les plus arrosés,
usait ses genoux et ses rares lumières
à se tisser une réputation des plus honorables.

Mais une fois vautrée sur son bureau,
la peau de vache se contentait de ruminer les heures
ou recevait sans peur du ridicule
sa troupe de favoris aux dents longues.

Bénéficiant du laxisme de ses supérieurs,
technocrates arrivistes parfois complices,
l'épouvantail hystérique s'attribuait les bonnes idées
et falsifiait à son avantage les courbes statistiques.

L’acariâtre, dotée de la finesse d'esprit d'un poireau,
pariait avec assurance
sur l'échec des nouvelles technologies
et raillait l’idée même de communication.

Maligne et lâche,
elle s'attaquait aux plus faibles
du haut de sa tourelle
et fusillait au même poteau
élans constructifs & esprit collectif.

 

Elle chevauchait mieux les chèvres de la colère et de la bile,
que les juments de la raison et de la passion.

 

Cependant l’accablante rombière,
bien trop sûre de ses manœuvres,
ne vit pas tomber le retour de bâton.
Ses dérives ne furent plus tolérées.

 

A force de courage et de patience,
on enferma le vautour
dans une cage dorée... .
Qui - à trop se débattre -
y laissa les plumes.


Vous la reconnaîtrez peut-être
au détour d’un trottoir,
couguar hideuse aux muscles trichinés.


Errant dans les valons rhônalpins,
elle vomit ses élucubrations
dans un monologue pathologique.

 

Ne vous laissez pas impressionner :
elle vocifère comme elle respire.

 

Sans scrupules, elle joue les martyrs,
persécutée et jalousée ;
souffre-douleur de ses subalternes
tout au long d'une courageuse carrière !


Elle infectera, quelques temps encore,
le sillage baveux de ses tribulations
car, dit-on, même la grande faucheuse
procrastine à l'approcher.

 

Le mieux à faire est encore d’ignorer cette maudite :
la peur de l’oubli la fait frémir...

 

Gardez seulement à l’esprit
que face à l’abjection incarnée
il faut s’unir et se battre ;
bref : tout sauf cesser !
 

 

Thomas Ibanez. Poème écrit à Annecy en 2011.

 

 Cruella de Vil

Par Guillaume Riou - Publié dans : Poésie
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Vendredi 9 décembre 2011 5 09 /12 /Déc /2011 15:47

 

UN VERRE DE VIN BLANC

 

A petits coups noués

Te viderons-nous, verre

Que le vin jaune éclaire,

Verre aux bords embués ?

 

Sur la table apparue

De sapin lavé frais,

Verre de verre épais

Qu'un Saint-Saph jeune embue ?

 

Non, reste, reste plein

De froide humeur dorée :

Mesure de durée,

Il est sable, ce vin.

 

Au plafond bas s'ébroue

Par le soleil porté,

Un pan de lac d'été

Que le joran secoue ;

 

Des lames du volet

La molle échelle traîne,

Et l'ombre sent la reine

Des prés, même l'œillet;

 

L'horloge au mur sirote

Le temps long, le temps court,

La servante en amour

Ivre, absente, tricote ;

 

Un groupe bleu-de-ciel

De sulfateurs sommeille.

Grise, dort une abeille

Sur le front de Davel ;

 

Avance, verre, avance,

Sache emplir tout le champ

De notre œil que distend

Ta rèche transparence,

 

Et, comme, au creux du soir,

Les vignes violettes,

Verre à côtes replètes

Fume, tel un pressoir.

 

Qu'affleure à ta margelle

L'oubli désaltérant,

Notre mémoire errant

Chérit sa soif fidèle :

 

Tes grains ont-ils tremblé ?

Qui souffla sous ton sable ?

Sur l'éternelle table

Veille, verre voilé.

 

Verre aux bords embués

Que le vin jaune éclaire,

Te viderons-nous, verre,

A petits coups noués ?

 

Pierre-Louis Matthey (1893-1970), in Présence de Ramuz, Ed. L'art au village, Saint-Jeoire en Faucigny, 1951.

 

Vin-blanc.jpg

Par Guillaume Riou - Publié dans : Poésie
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Mardi 29 novembre 2011 2 29 /11 /Nov /2011 13:27

Dans ses Poèmes à Lou, Guillaume Apollinaire met en vers son amour pour Louise de Coligny-Châtillon. Immergé en tant que soldat au coeur de la Grande Guerre, le poète exprime à travers le sentiment d'amour ses espoirs, ses peurs, ses doutes et ses fantasmes. D'une certaine façon, on peut penser qu'il trouve par l'écriture la force de résister à l'horreur.
Les mots sont forts et les métaphores souvent crues, à l'image du contexte terrifiant de guerre où ils ont été écrits.

Voici mon poème à Lou préféré :

 

 

Je t’adore mon Lou et par moi tout t’adore

Les chevaux que je vois s’ébrouer aux abords

L’appareil des monuments latins qui me contemplent

Les artilleurs vigoureux qui dans leur caserne rentrent

Le soleil qui descend lentement devant moi

Les fantassins bleu pâle qui partent pour le front pensent à toi.

Car, ô ma chevelure de feu, tu es la torche

Qui m’éclaire ce monde et, flamme, tu es ma force

Dans le ciel les nuages

Figurent ton image

Le mistral en passant

Emporte mes paroles

Tu en perçois le sens

C’est vers toi qu’elles volent

Tout le jour nos regards

Vont des Alpes au Gard

Du Gard à la Marine

Et quand le jour décline

Quand le sommeil nous prend

Dans nos lits différents

Nos songes nous rapprochent

Objets dans la même poche

Et nous vivons confondus

Dans le même rêve éperdu.

Mes songes te ressemblent

Les branches remuées ce sont tes yeux qui tremblent

Et je te vois partout toi si belle et si tendre.

Les clous de mes souliers brillent comme tes yeux

La vulve des juments est rose comme la tienne

Et nos armes graissées c’est comme quand tu me veux

Ô douceur de ma vie, c’est comme quand tu m’aimes.

L’hiver est doux, le ciel est bleu,

Refais-me le, refais-me le

Toi ma chère permission

Ma consigne, ma faction,

Ton amour est mon uniforme

Tes doux baisers sont les boutons

Ils brillent comme l’or et l’ornent

Et tes bras si roses si longs

Sont les plus galants des galons

Un monsieur près de moi mange une glace blanche

Je songe au goût de ta chair et je songe à tes hanches

À gauche lit son journal une jeune dame blonde

Je songe à tes lettres où sont pour moi toutes les nouvelles du monde

Il passe des marins, la mer meurt à tes pieds

Je regarde ta photo, tu es l’univers entier

J’allume une allumette et vois ta chevelure

Tu es pour moi la vie cependant qu’elle dure

Et tu es l’avenir et mon éternité

Toi mon amour unique et la seule beauté. 

 

Guillaume Apollinaire, in Œuvres poétiques, Ed. Gallimard, 1965.
8
èmepoème des Poèmes à Lou, rédigé à Nîmes le 10 janvier 1915.

 

73.jpg

Le rêve du poilu de José BES, sculpté en 1916

Par Guillaume Riou - Publié dans : Poésie
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Dimanche 20 novembre 2011 7 20 /11 /Nov /2011 19:18

Me rebâtir

au charme de ses maladresses

à la nuée de ses rires

au frais zéphire de ses caresses

 

en piliers de complicité

 

Guillaume Riou

 

Piliers

 

Par Guillaume Riou - Publié dans : Quelques-uns de mes écrits...
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   BiblioMan.jpg

 

Né en Bretagne en 1977, je vis actuellement à Annecy. La poésie me passionne.

Je transmets mes écrits, et ceux des autres, lors de lectures organisées par la Maison de la Poésie d'Annecy et par le Cercle des Poètes Retrouvés (branche poétique de la Société des Auteurs Savoyards). 

 

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Citations

 

"Les poèmes sont des bouts d'existence incorruptibles que nous lançons à la gueule répugnante de la mort" René Char

"Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie."
François Truffaut


"Occuper son esprit, c'est soulager son coeur." Constance de Salm-Dyck

"Marcher dans une forêt entre deux haies de fougères transfigurées par l'automne, c'est cela un triomphe. Que sont à côté suffrages et ovations ?"
Emil Michel Cioran (in De l'inconvénient d'être né)

"Les hommes se pressent vers la lumière, non pour mieux voir, mais pour mieux briller." Friedrich Nietzsche (in Humain, trop humain)

"L'amitié est une âme à deux corps"
 Aristote

"C'est là ce qu'il y a dans l'homme de touchant et de beau, cette double aspiration vers ce qu'il désire et vers ce qu'il a perdu."
Alexandre Humboldt (in Cosmos)

"Il vaut mieux mobiliser son intelligence sur des conneries que sa connerie sur des choses intelligentes"
 Jacques Rouxel (auteur des Shadoks)

"Un grain de poésie suffit à parfumer tout un siècle !" José Marti

"Comme cela nous semblerait flou, inconsistant et inquiétant Une tête de vivant... s'il n'y avait une tête de mort dedans." Jacques Prévert

"Le rêve que fait la note digne de ce nom, c’est d’échapper à sa nature fugitive, à sa chrysalide sans issue, à son éventuelle distribution, à sa noyade dans le général. (...) Elle suggère. N’insiste jamais ; fait souffrir — le souhaiterait — sans laisser jouir. Disons qu’elle est d’essence féminine." Georges Perros (in Papiers collés)

"En poésie, il faut chercher la lumière... même si l'on doit descendre très profond"
Ile Eniger

"
L'amour - c'est ce pays à l'infini ouvert par deux miroirs qui se font face" André Hardellet

"Les mots du corps donnent l'idée de la mort, les peines de l'âme celle de l'éternité."
Astolphe de Custine

"Le temps des hommes est de l'éternité pliée." Jean Cocteau


"Le pouvoir ne souhaite pas que les gens comprennent qu’ils peuvent provoquer des changements"
Noam Chomsky


"Nous errons auprès de margelles dont on a soustrait les puits"
René Char


"Le monde ne mourra jamais par manque de merveilles mais uniquement par manque d'émerveillement." Gilbert Keith Chesterton

"L'homme est une corde tendue entre la bête et le surhumain - une corde au-dessus d'un abîme."
Friedrich Nietzsche (in Ainsi parlait Zarathoustra)

"Le poète littérateur nous initiera au culte du dieu qu'il révère, par ses phrases délirantes qui feront vibrer dans nos âmes des sensations intérieures que nous ignorions." Joseph E. Dessaix (in Le Noiaphanisme)

"Nous sommes les abeilles de l'univers, nous butinons éperdument le miel du visible pour l'accumuler dans la grande ruche d'or de l'invisible."
Rainer Maria Rilke

 

"La lumière est dans le livre. Ouvrez le livre tout grand. Laissez-le rayonner, laissez-le faire. Qui que vous soyez qui voulez cultiver, vivifier, édifier, attendrir, apaiser, mettez des livres partout." Victor Hugo (extrait du Discours d'ouverture du Congrès littéraire international de 1878)


"Les mots sont des planches jetées sur un abîme, avec lesquels on traverse l'espace d'une pensée, et qui souffrent le passage et non point la station." Paul Valéry (in Tel quel)

 

"Hâte-toi, hâte-toi de transmettre ta part de merveilleux, de rébellion, de bienfaisance." René Char (in Commune présence)

 

"Ne savoir où aller, me mène où je veux" Thierry Metz (in De l'un à l'autre)

 

"Il ne faut rien jeter, parce que jeter c'est faire le jeu de la mort." Jean-Christophe Averty

 

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S
Souffleurs de vers
Souffleurs de vers

 

Le recueil collectif "Entre vers et rose" :

 

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Le recueil collectif "Un bout de chemin..." :

 

Un bout de chemin - poesie

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